They are not your children. They have been reborn.
Gregory Corso
C'est écouter la voix fabuleuse de John Fogerty et se dire, qu'aujourd'hui, on n'a tout perdu. Wow. Quand on dit tout perdu, on dit vraiment tout perdu. Non, pas la perte matérielle, non, la perte sociale. On a vu des gens défiler, marcher ou courir devant nous, et ces gens-là, ils ont laissé une trace, une sorte de cicatrice, qui finit par se refermer, mais qui laisse toujours une marque, à jamais. Et ces gens-là sont partis, ils ont dit adieu à leur façon alors qu'on croyait qu'ils disaient ça pour rire, et ils ont disparu. Ils ont disparu, alors qu'ils sont toujours présents, devant nos gueules, mais seulement, ils ne sont pas là pour nous. C'est comme s'ils avaient disparu pour de bon. Ou même pire. Aujourd'hui on a tout perdu, on se retrouve seuls, mais seuls sous les moqueries, sous les saloperies, sous les choses ingrates qu'on peut dire de nous. Oai, on se retrouve seuls, et la seule pensée que l'on peut avoir, c'est : Qu'ils aillent se faire foutre. Je partirai, un jour, un matin, un soir, je partirai, et ces gens-là, je ne les verrai plus, et je me dirai plus tard qu'ils n'étaient que de passage, et que c'était du mauvais temps. Ces gens-là ils pourrissent les jours, ils pourrissent les heures, ils enferment le peu qu'il reste de rock'n'roll à consumer. Ces gens-là, ils nous disent qu'on est frigide, ils nous disent ça, et eux ils viennent de la ville, ils ont des chevilles parfaites et des fringues repassés, et, ils ne le savent pas, mais au fond d'eux, ils ne contiennent rien. Peut-être que nous non plus on ne contient rien, rien de très moral ou de légal, mais putain, au fond de nous, on a pas un peu de Led Zep, toute la souffrance de Robert Johnson, ou encore le punk avant l'heure des Pretty Things ? Et on tient peut-être une vérité. On contient quelque chose que peu d'autres personnes ont vu. Et ces personnes ils veulent les appeler des drogués, des illuminés, des tarés, et si on les appelait seulement des putains d'existences, qui refusent de se faire aliéner par une roue, une roue infinie qui va tous nous foutre en l'air. On est un peu des personnes qui voient des choses dans la rue, que les autres ne voient pas. Peut-être qu'on a tout perdu, mais on regagnera, parce qu'on renaît, on renaît à chaque expérience. Et c'est toujours la voix de Fogerty qui me fait planer, dans sa voix je vois toute l'Amérique, l'Amérique prochaine qui m'amènera de quoi vivre.
Vous me manquez bande de barges.
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